Traiter l'étude comme un jeu ?

« Le vice de nos leçons n'est point la faute des professeurs. Devant des têtes sans cervelle, il faut bien qu'on déraisonne. Comme l'a dit Cicéron, si l'enseignement n'est point agréable à l'élève, « le maître reste bientôt sans auditeurs ». Ainsi l'adroit parasite, s'il veut etre admis à la table du riche, prépare d'avance un choix de contes agréables pour les convives ; il ne peut parvenir à son but sans tendre un piège aux oreilles de ses auditeurs. Autrement, il en est du maître d'éloquence comme du pêcheur qui, faute d'attacher à ses hameçons l'appât le plus propre à attirer le poisson, se morfond sur un rocher, sans espoir de butin.

Ainsi donc le blâme doit retomber sur les parents seuls, eux qui redoutent pour leurs enfants une éducation mâle et sévère. Ils commencent par sacrifier, comme le reste, leur espérance même à l'ambition; ensuite, pour arriver plus promptement au but de leurs désirs, ils lancent dans le barreau ces apprentis orateurs ; et l'éloquence dont l'homme mûr peut à peine, de leur propre aveu, atteindre la hauteur, ils le rapetissent à la taille d'un marmot. Avec plus de patience, les études seraient mieux graduées ; on verrait une jeunesse studieuse épurer insensiblement son goût par la méditation des bons livres, plier peu à peu son âme au jour de la sagesse, corriger impitoyablement son style, et écouter avec une attention soutenue les modèles qu'elle veut imiter ; enfin, on la verrait refuser son admiration à tout ce qui séduit ordinairement l'enfance. C'est alors que l'éloquence reprendrait et sa noblessse et son imposante majesté.

Mais aujourd'hui ces mêmes hommes qui, dans leur enfance, traitent l'étude comme un jeu, dans leur adolescence sont la fable du barreau, et, pour comble de folie, parvenus à la vieillesse, ne veulent point convenir du vice de leur première éducation. »

Extrait du Satyricon, attribué à T. Pétrone.
Traduction de Héguin de Guerle.
Éditions Le François, collection « Les Phares », 1946.
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